Pakistan : information sur la conversion du sunnisme au chiisme, y compris la marche à suivre pour se convertir et le document remis aux convertis; la situation des personnes converties au chiisme et le traitement qui leur est réservé par la société et par les autorités; la réponse de l’État (2022-décembre 2025)
1. Conversion du sunnisme au chiisme
1.1 Marche à suivre pour se convertir
Dans une communication écrite envoyée à la Direction des recherches, une professeure agrégée de religion à l’Université Clemson, aux États-Unis, auteure de publications sur l’islam au Pakistan, a déclaré que la conversion du sunnisme au chiisme est une [traduction] « démarche personnelle » qui est liée, entre autres, à la croyance d’une personne à l’égard des imams chiites et à un changement dans ses convictions en ce qui concerne le statut de la famille du prophète Mahomet (professeure agrégée 2025-10-24). Dans une communication écrite envoyée à la Direction des recherches, un professeur à l’Université du Pendjab à Lahore, au Pakistan, dont les recherches portent principalement sur le droit islamique et les droits de la personne, a affirmé que, [traduction] « [e]n principe, il n’y a pas de règles strictes et prédéfinies » régissant les conversions intersectaires au Pakistan (professeur à Lahore 2025-10-29). La même source a écrit que, [traduction] « [e]n général », les conversions se déroulent dans une mosquée de la secte en question, devant un théologien ou un imam et la communauté de la mosquée (professeur à Lahore 2025-10-29). Dans une communication écrite envoyée à la Direction des recherches, le haut-commissariat du Pakistan à Ottawa a souligné que la conversion n’exige [traduction] « aucun rituel officiel ou public », ajoutant que la démarche est centrée sur le « choix, l’engagement ou la pratique de la personne », et qu’elle « n’est pas l’affaire de l’État » (Pakistan 2025-11-04).
1.2 Document remis aux convertis
Selon la professeure agrégée, le document remis aux convertis peut consister en une attestation écrite de la conversion rédigée par un théologien chiite (2025-10-24). La même source a ajouté que ce document [traduction] « peut être obtenu sur demande » auprès d’un séminaire religieux chiite (professeure agrégée 2025-10-24). Le haut-commissariat du Pakistan à Ottawa a signalé que la procédure [traduction] « ne donne lieu à aucun document officiel » (Pakistan 2025-11-04). Dans une communication écrite envoyée à la Direction des recherches, la directrice de la recherche sur le Pakistan et l’Afghanistan au Centre d’étude de la haine organisée (Center for the Study of Organized Hate – CSOH) [1] a fait remarquer qu’il n’y a [traduction] « aucune obligation juridique ou rituelle pour l’enregistrement d’une conversion », ajoutant que « les conversions sont souvent informelles et annoncées à la société plutôt qu’enregistrées par l’État » (CSOH 2025-11-10).
2. Situation des convertis au chiisme et traitement qui leur est réservé par la société et par les autorités
2.1 Société
La professeure agrégée a déclaré que la communauté chiite fait l’objet de discriminations allant de [traduction] « micro-agressions » à des « assassinats », et que de tels traitements « s’appliqueraient aussi » aux personnes qui se sont converties au chiisme (2025-10-24). Dans une communication écrite envoyée à la Direction des recherches, l’organisation Musawi [2], citant des renseignements reçus de ses organisations partenaires, a signalé que les difficultés que rencontrent les convertis au chiisme [traduction] « ne sont pas considérées comme spécifiques ou comme venant s’ajouter » à celles que connaît la communauté chiite dans son ensemble (Musawi 2025-11-04). Pour obtenir des renseignements sur la situation des musulmans chiites et le traitement qui leur est réservé, en particulier à Lahore, à Karachi, à Islamabad et à Hyderabad, veuillez consulter la Réponse à la demande d’information PAK201761 publiée en janvier 2024.
Dans une communication écrite envoyée à la Direction des recherches, un professeur de l’École des études orientales et africaines (School of Oriental and African Studies – SOAS) de l’Université de Londres, dont les recherches portent principalement sur l’islam et la politique en Asie du Sud, a déclaré que, malgré le risque [traduction] « probablement très élevé » auquel les convertis au chiisme sont exposés dans les régions où des conflits sectaires se produisent, « le niveau de risque social plus général dans la communauté » n’est « pas extrêmement élevé » à l’échelle nationale (professeur à Londres 2025-11-02). Toutefois, selon la même source, le risque individuel dépend de la situation de chaque personne (professeur à Londres 2025-11-02). Par exemple, les risques [traduction] « pourraient être très élevés » pour « certains » convertis provenant de familles ou résidant dans des régions « dont les attaches religieuses ou sectaires sont relativement fortes » (professeur à Londres 2025-11-02). Selon la directrice de la recherche au CSOH, les convertis au chiisme peuvent subir [traduction] « des pressions » de la part de leur famille et de leur communauté, dépendamment de leur « sensibilité sectaire » (CSOH 2025-11-10). Au cours d’un entretien avec la Direction des recherches, un représentant de l’Institut pakistanais d’études sur la paix (Pak Institute for Peace Studies – PIPS) [3] a signalé que le traitement réservé aux convertis au chiisme dépend des tensions qui existent entre chiites et sunnites dans la région en question (PIPS 2025-11-03). Le représentant du PIPS a ajouté que les régions présentant [traduction] « les courants les plus sectaires » parmi les communautés sunnites se trouvent « surtout » dans le Sud de la province du Khyber Pakhtunkhwa, dans la région du Gilgit-Baltistan et dans la ville de Quetta (2025-11-03). D’après la même source, bien que les organisations terroristes s’en prennent [traduction] « [p]arfois » aux communautés chiites, « elles ne prennent généralement pas les convertis comme cibles » (PIPS 2025-11-03). Parmi les sources qu’elle a consultées dans les délais fixés, la Direction des recherches n’a pas trouvé d’autres renseignements allant dans le même sens.
Le représentant du PIPS a affirmé que les conversions [traduction] « provoquent surtout des conflits dans les cercles familiaux et sociaux » plutôt qu’une « hostilité » générale (2025-11-03). Dans une communication écrite envoyée à la Direction des recherches, un correspondant du Diplomat [4] au Pakistan, auteur d’articles sur l’extrémisme au Pakistan, a déclaré que la conversion est [traduction] « taboue », ajoutant que les convertis doivent « souvent » pratiquer la taqiyya, une pratique islamique permettant aux croyants de cacher leur identité ou leurs croyances à des fins d’autoprotection (correspondant 2025-11-06). Parmi les sources qu’elle a consultées dans les délais fixés, la Direction des recherches n’a pas trouvé de renseignements additionnels ni d’autres renseignements allant dans le même sens.
Selon la professeure agrégée, les convertis au chiisme ne porteraient [traduction] « probablement » pas de noms chiites reconnaissables et pourraient, « dans une certaine mesure, être épargnés des préjugés » (2025-10-24). Parmi les sources qu’elle a consultées dans les délais fixés, la Direction des recherches n’a pas trouvé d’autres renseignements allant dans le même sens. Citant une [traduction] « source confidentielle », un rapport du ministère des Affaires étrangères des Pays-Bas fait remarquer que, « [a]u quotidien », les chiites sont « souvent impossibles à distinguer » des sunnites, sauf « par leur nom de famille et lorsqu’ils professent leur foi » (Pays-Bas 2024-07-05, sect. 3.1.8.1). Dans un rapport publié en novembre 2020 par la Coalition pour l’égalité religieuse et le développement inclusif (Coalition for Religious Equality and Inclusive Development – CREID) [5], on peut lire que les chiites [traduction] « qui ne sont pas hazaras » [6] ne présentent pas de « traits faciaux distinctifs qui les rendent reconnaissables », et qu’ils ont la même identité ethnique que la majorité sunnite (2020-12, 48).
2.2 Autorités
La directrice de la recherche au CSOH a affirmé que, au Pakistan, la conversion au chiisme n’est pas un acte criminel, et que l’État ne considère pas le changement d’affiliation théologique au sein de l’islam comme une forme d’apostasie (CSOH 2025-11-10). La même source a déclaré ce qui suit :
[traduction]
Bien que la conversion ne donne pas lieu à des sanctions juridiques explicites, les méthodes d’application des lois sur le blasphème, combinées à la tolérance à l’égard des discours sectaires, peuvent indirectement exposer les convertis à des risques, notamment à des menaces de mise à l’index sur les plans social et économique ainsi qu’à des menaces de violence (CSOH 2025-11-10).
L’organisation Musawi, citant des renseignements tirés de son réseau, a signalé que les autorités [traduction] « ne traitent apparemment pas les convertis chiites comme un groupe distinct » [des non-convertis] (2025-11-04). Selon le correspondant du Diplomat, l’État pakistanais considère que les chiites sont [traduction] « aussi » musulmans que les sunnites et, à cet égard, il « ne bafoue pas activement les droits des chiites ou des convertis au chiisme » (correspondant 2025-11-06).
La professeure agrégée a souligné que le traitement réservé aux convertis par les autorités [traduction] « reflèt[e] probablement » celui que subissent plus généralement les chiites, signalant que l’État est fréquemment accusé de préjugés contre les chiites et que les autorités « auraient » participé à des actes de « violence anti-chiites » (2025-10-24). Le correspondant du Diplomat a écrit que l’État [traduction] « tolère » qu’une « atmosphère anti-chiites s’installe » (correspondant 2025-11-06).
À la question portant sur le traitement que les autorités réservent aux convertis, l’organisation Musawi a fait remarquer, après avoir consulté [traduction] « [c]ertains représentants des forces de l’ordre », que ses sources « n’avaient pas connaissance de » cas de mauvais traitements (2025-11-04). La même source a fait état du [traduction] « peu de renseignements publics concernant les signalements de mauvais traitements infligés à des personnes qui se sont converties au chiisme » (Musawi 2025-11-04).
3. Réponse de l’État
Parmi les sources qu’elle a consultées dans les délais fixés, la Direction des recherches a trouvé peu d’information sur la réponse de l’État au traitement réservé aux personnes converties au chiisme.
Selon le correspondant du Diplomat, bien que les forces de l’ordre – dont la composition religieuse reflète celle de la population générale – [traduction] « laissent souvent leurs préjugés sectaires influencer leurs actions », tout mauvais traitement « tangible » infligé aux convertis chiites « serait généralement contré par les autorités » (correspondant 2025-11-06). En revanche, le professeur à la SOAS de l’Université de Londres a fait observer que [traduction] « certains » convertis exposés à de « très grands » risques en raison de leur situation familiale ou communautaire « particulière », comme ceux qui tombent par hasard sur des autorités « aux fortes attaches religieuses ou sectaires », sont « susceptibles de ne recevoir que peu ou pas de soutien de la part des autorités de l’État » (professeur à Londres 2025-11-02).
Cette réponse a été préparée par la Direction des recherches à l’aide de renseignements puisés dans les sources qui sont à la disposition du public, et auxquelles la Direction des recherches a pu avoir accès dans les délais fixés. Cette réponse n’apporte pas, ni ne prétend apporter, de preuves concluantes quant au fondement d’une demande d’asile. Veuillez trouver ci-dessous les sources consultées pour la réponse à cette demande d’information.
Notes
[1] Le CSOH est un groupe de réflexion à Washington qui a pour mission de [traduction] « comprendre, prévenir et combattre » la haine organisée contre « tout groupe défini par des caractéristiques telles que la religion, la race, la nationalité, la caste, l’origine ethnique, le genre, le handicap ou l’orientation sexuelle » (CSOH s.d.). [retour]
[2] L’organisation pakistanaise Musawi milite pour des réformes législatives et politiques dans le but de renforcer l’État de droit, l’accès à la justice et la protection des droits de la personne (Musawi s.d.). Musawi collabore avec des organisations partenaires au pays et à l’étranger, notamment [traduction] « des commissions indépendantes des droits de la personne, des établissements d’enseignement et des acteurs du milieu judiciaire » (Musawi s.d.). [retour]
[3] Le PIPS est un groupe de [traduction] « recherche et défense des droits » à Islamabad, au Pakistan, qui analyse les conflits politiques, sociaux et religieux ayant une incidence sur la sécurité nationale et internationale (PIPS s.d.). [retour]
[4] Le Diplomat est un magazine sur les affaires internationales qui se concentre sur la région Asie-Pacifique (The Diplomat s.d.). [retour]
[5] La CREID est un [traduction] « consortium » d’ONG, d’universitaires et de « groupes fondés sur la confession ou la conviction » qui appuie les « politiques relatives à la liberté de religion ou de croyance dans les programmes de réduction de la pauvreté et de développement » dans divers pays (MRG [2022]). La CREID est administrée par l’Institut des études sur le développement (Institute of Development Studies – IDS) (CREID 2020-12, 1). L’IDS est une [traduction] « institution d’envergure mondiale pour la recherche, l’enseignement et l’apprentissage sur le développement » située à l’Université de Sussex (R.-U. [2025]). [retour]
[6] Pour obtenir des renseignements sur la situation des musulmans chiites, y compris des Hazaras, et le traitement qui leur est réservé, en particulier à Lahore, à Karachi, à Islamabad et à Hyderabad, veuillez consulter la Réponse à la demande d’information PAK201761 publiée en janvier 2024. [retour]
Références
Center for the Study of Organized Hate (CSOH). 2025-11-10. Communication écrite envoyée à la Direction des recherches par la directrice de la recherche sur le Pakistan et l’Afghanistan.
Center for the Study of Organized Hate (CSOH). S.d. « About Us ». [Date de consultation : 2025-11-10]
Coalition for Religious Equality and Inclusive Development (CREID). 2020-12. Sadiqa Sultan, Maryam Kanwer & Jaffer Abbas Mirza. The Multi-Layered Minority: Exploring the Intersection of Gender, Class, and Religious-Ethnic Affiliation in the Marginalisation of Hazara Women. CREID Intersection Series Collection on Violence and Discrimination against Women of Religious Minority Backgrounds in Pakistan. [Date de consultation : 2025-10-12]
Correspondant. 2025-11-06. Communication écrite envoyée à la Direction des recherches.
The Diplomat. S.d. « About Us ». [Date de consultation : 2025-11-06]
Minority Rights Group (MRG). [2022]. « Iraq and Pakistan: Promoting Religious Equality for Inclusive Development ». [Date de consultation : 2025-12-10]
Musawi. 2025-11-04. Communication écrite envoyée à la Direction des recherches.
Musawi. S.d. « About Us ». [Date de consultation : 2025-11-05]
Pak Institute for Peace Studies (PIPS). 2025-11-03. Entretien avec un représentant.
Pak Institute for Peace Studies (PIPS). S.d. « Concept Note ». [Date de consultation : 2025-11-03]
Pakistan. 2025-11-04. Haut-commissariat du Pakistan à Ottawa. Communication écrite envoyée à la Direction des recherches.
Pays-Bas. 2024-07-05. Ministry of Foreign Affairs. General Country of Origin Information Report on Pakistan. [Date de consultation : 2025-02-10]
Professeur, School of Oriental and African Studies (SOAS) University of London. 2025-11-02. Communication écrite envoyée à la Direction des recherches.
Professeur, University of the Punjab, Lahore, Pakistan. 2025-10-29. Communication écrite envoyée à la Direction des recherches.
Professeure agrégée, Clemson University, États-Unis. 2025-10-24. Communication écrite envoyée à la Direction des recherches.
Royaume-Uni (R.-U.). [2025]. Charity Commission for England and Wales. « The Institute of Development Studies ». [Date de consultation : 2025-12-10]
Autres sources consultées
Sources orales : AGHS Legal Aid Cell; Al-Kawthar University; Asian Human Rights Commission; Center for Law & Justice; Centre for Social Justice; chargé d’enseignement supérieur dans une université au Royaume-Uni qui enseigne la religion; chargé de cours dans une université au Royaume-Unispécialiste de la loi islamique et auteur de publications à ce sujet; chercheur dans une université à Singapour qui s’intéresse principalement à la religion, au droit et à la politique au Pakistan; The Council of Shia Muslim Scholars of North America; doctorant dans une université au Royaume-Uni dont les publications portent sur le traitement réservé aux chiites au Pakistan; Gallup Pakistan; Human Rights Commission of Pakistan; Human Rights Watch; Islamic Research Institute; Journal of Shiite Studies; journaliste au Pakistan qui s’intéresse à l’extrémisme et aux droits de la personne au Pakistan; Majlis Wahdat-e-Muslimeen Pakistan; membre du comité directeur de l’International Panel of Parliamentarians for Freedom of Religion or Belief; National Dialogue Forum; National Institute of Pakistan Studies; Newsweek Pakistan; Pakistan – Council of Islamic Ideology; Pakistan Legal Forum; professeur adjoint dans une université aux États-Unis dont les recherches portent principalement sur le sectarisme et l’islam chiite; professeur agrégé dans une université au Royaume-Uni dont les recherches portent principalement sur l’islam en Asie du Sud; professeur agrégé dans une université en Israël dont les cours portent sur l’islam en Asie du Sud; professeur dans une université aux États-Unis dont les recherches portent principalement sur l’islam en Asie du Sud; professeur dans une université en Suisse qui s’intéresse principalement aux études sud-asiatiques; Shia Rights Watch.
Sites Internet, y compris : AhlulBayt News Agency; Al Jazeera; American Muslim Bar Association; Amnesty International; Arab News; Armed Conflict Location & Event Data; Asia Times; Associated Press; BBC; Belfer Center for Science and International Affairs; Bitter Winter; Centre de recherches internationales de SciencesPo; CIVICUS; Dawn; Deutsche Welle; États-Unis – Department of State; Eurasia Review; European Foundation for South Asian Studies; Freedom House; Gallup Pakistan; The Guardian; Hudson Institute; Human Rights Watch; India Today; International Crisis Group; Jarida Today; Live Encounters; Middle East Institute; Modern Diplomacy; Modern Tokyo Times; Nations Unies – Bureau de la coordination des affaires humanitaires; Norwegian Peacebuilding Resource Center; Pakistan – Council of Islamic Ideology, National Assembly of Pakistan; Politico; Royaume-Uni – Home Office; Shia Rights Watch; The Standard [Pakistan]; ThePrint; UrduPoint Network; Voice of Khyber Pakhtunkhwa; Voicepk.net; The Wire [Inde].