Réponses aux demandes d'information

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5 avril 2011

COL103709.EF

Colombie : information sur les Forces armées révolutionnaires de Colombie (Fuerzas Armadas Revolucionarias de Colombia - FARC), y compris leurs activités criminelles, comme le trafic de stupéfiants et les enlèvements; mesures prises par l’État pour lutter contre les activités criminelles (2009-février 2011)
Direction des recherches, Commission de l'immigration et du statut de réfugié du Canada, Ottawa

Dans un rapport sur les conclusions d’une délégation, en Colombie, du Conseil canadien pour les réfugiés (CCR), [version française du CCR] « rassemblement d'organisations sans but lucratif qui se consacre à la défense des droits et à la protection des réfugiés au Canada et dans le monde » (CCR s.d.), un conseiller politique de l’ambassade du Canada à Bogotá affirme que les Forces armées révolutionnaires de Colombie (Fuerzas Armadas Revolucionarias de Colombia - FARC) et d’autres groupes de guérilleros ont été [traduction] « durement touchés [et] réprimés » par le gouvernement de la Colombie, [traduction] « mais qu'ils comptent toujours de 8 000 à 10 000 membres environ » (CCR mars 2011, 6). Par ailleurs, l’Agence France-Press (AFP) souligne que les FARC comptent de 7 000 à 11 000 membres (8 janv. 2011).

Aux termes de la Loi antiterroriste, le site Internet de Sécurité publique Canada (SP) publie une liste des entités [version française de SP] « associé[es] au terrorisme » (Canada 11 sept. 2008). La liste, qui a été examinée le 22 décembre 2010, comprend les FARC (ibid. 1er févr. 2011).

Force de la structure de commandement et de contrôle des FARC

La Fondation idées pour la paix (Fundación Ideas para la Paz - FIP), groupe de réflexion indépendant de la Colombie qui se voue à la mise en place d’une paix durable au pays (FIP s.d.), affirme que les pressions exercées par la Force publique (Fuerza Pública) de Colombie ont [traduction] « affaibli la structure militaire » des FARC (sept. 2010, 23). Deux universitaires, un de l’Université nationale de Colombie (Universidad Nacional de Colombia) et l’autre de la London School of Economics, ont également affirmé dans un article paru dans la revue Studies in Conflict & Terrorism à la suite d’une recherche effectuée en 2009 que

[traduction]

sous le poids de l’offensive de l'État, la structure organisationnelle s’est relâchée, car : a) le système de communication du groupe a été interrompu; b) le groupe a perdu plusieurs militants de premier plan, en plus des renseignements que ceux-ci possédaient; c) et plusieurs de ses structures ont été démantelées (Sanín et Giustozzi 2010, 836, 843).

Toutefois, l’International Crisis Group, organisation non gouvernementale (ONG) [version française d’International Crisis Group] « qui travaille pour la prévention et la résolution des conflits armés » (s.d.), souligne dans un document d'information publié en 2010 que, malgré la [traduction] « campagne militaire menée pendant huit ans » par la Colombie contre les FARC, [traduction] « la structure de commandement et de contrôle [du groupe] ne s’est pas effondrée » (29 juin 2010, 1). Selon un article de la Review of International Studies rédigé par Jim Rochlin, professeur de sciences politiques et directeur des études latino-américaines à l’Université de la Colombie-Britannique, [traduction] « même si la structure de commandement et de contrôle [du groupe] a été affaiblie, il est si puissant sur le plan militaire et ses membres sont si dispersés qu’il a la capacité d’exercer une vive force militaire pour les années à venir » (Rochlin août 2010, 715, 739). Les deux universitaires, Francisco Guitiérrez Sanín et Antonio Giustozzi, ont aussi exprimé cette idée dans leur article paru dans la revue Studies in Conflict & Terrorism (2010, 836). Ils affirment que malgré les [traduction] « coups durs [portés aux FARC par le gouvernement], leur structure organisationnelle est loin d’être démantelée ou affaiblie de manière irréparable; le groupe peut faire montre - presque quotidiennement - de sa capacité de combattre, et possède de solides techniques de défense » (Sanín et Giustozzi 2010, 841).

Structure organisationnelle des FARC

Selon Francisco Guitiérrez Sanín et Antonio Giustozzi, la structure actuelle des FARC est la même que celle qui a été établie en 1982, à l’exception de [traduction] « changements mineurs » (2010, 842). Les universitaires expliquent que la structure du groupe est centralisée à un degré [traduction] « extrêmement élevé » et décrivent sa composition de la manière suivante :

[traduction]

[s]on unité militaire de base se nomme la colonne et comprend de 20 à 40 combattants; il s’agit d’une unité opérationnelle chargée du contrôle d’un certain territoire, de la collecte des taxes et des fonds extorqués, et des actions militaires. Un groupe de plusieurs colonnes constitue un front. Les fronts se regroupent parfois pour former des blocs. Les commandants des fronts et des blocs relèvent directement - en ce qui concerne les aspects financier et militaire - du secrétariat qui, sur le plan opérationnel, est l’instance suprême du groupe (Sanín et Giustozzi 2010, 842-843).

Ils ajoutent que le secrétariat [traduction] « établit le pourcentage des revenus qu’il recevra », ainsi que la façon dont l’argent sera redistribué entre les fronts (ibid., 846). Dans le même ordre d’idées, un rapport de la FIP sur la démobilisation des FARC décrit la structure du groupe comme [traduction] « la périphérie qui maintient le centre : les fronts remettent leurs revenus au secrétariat, qui était auparavant le centre de redistribution pour les fronts “pauvres” (aujourd’hui, chacun d’eux doit à la fois assurer sa propre subsistance et payer un tribut [au secrétariat]) » (FIP sept. 2010, 9). Selon un article paru dans The Economist, le secrétariat compte sept membres (30 sept. 2010).

La FIP explique également que les commandants des fronts sont des dirigeants intermédiaires (mandos medios); parce qu’ils sont habituellement originaires de la région que l’unité occupe, ils ont l’avantage stratégique de connaître à la fois [traduction] « le territoire et la population » (FIP sept. 2010, 9). Ce sont aussi [traduction] « ceux qui réglementent la vie et les relations sociales des troupes », travaillent avec la population, et [traduction] « assurent la situation financière de l’organisation » (ibid. sept. 2010, 9).

InSight, groupe de réflexion ayant des bureaux en Colombie et à Washington et se spécialisant en recherches sur le crime organisé dans les Amériques (InSight 15 mars 2011), signale que les FARC ont des milices dans les villes et des unités de forces spéciales qui mènent leurs activités là où c’est le [traduction] « plus nécessaire »; le groupe a aussi un [traduction] « vaste réseau de soutien qui compte de nombreux spécialistes logistiques des attentats à la bombe, du transport, des enlèvements, du trafic d’armes, du stockage des aliments, etc. » (ibid. 1er mars 2011).

Fronts des FARC

L’International Crisis Group a conclu que, en 2010, les 8 000 à 10 000 membres que compteraient les FARC formaient 61 fronts, dont seulement 30 seraient actifs (29 juin 2010, 2). Il affirme également que les FARC possèdent [traduction] « une structure mobile formée d’environ 15 ou 16 colonnes mobiles (columnas moviles) et d’approximativement 13 compagnies (compañias) plus petites » (29 juin 2010, 2). InSight a écrit en 2011 que les FARC comptaient plus de 70 fronts (1er mars 2011). En novembre et décembre 2010, InSight a aussi établi une carte interactive indiquant les endroits où se trouvaient 26 fronts et d’autres unités; il est possible de consulter cette carte dans le site Internet d’InSight (InSight s.d.).

Le rapport de la FIP énumère aussi le nom de plusieurs des fronts des FARC et les lieux où ils se trouvent :

[traduction]

  • Le Front 10 mène ses activités dans le département d’Arauca, à la frontière du Venezuela. Cette structure est l’une de celles qui sont les plus impliquées dans le trafic de stupéfiants.
  • Le Front 38 mène ses activités dans les départements de Boyacá et de Casanare.
  • Le Front 39 mène ses activités à la frontière des départements de Meta et de Vichada. Il s’agit de l’une des structures les plus touchées par les activités des groupes paramilitaires présents dans la région.
  • Le Front 43 mène ses activités dans le département de Meta, et le pseudonyme de son commandant est « John 40 ». Cette structure est également l’une de celles qui sont les plus impliquées dans le trafic de stupéfiants.
  • Le Front 44 mène ses activités dans le département de Meta et est considéré comme l’une des structures militaires les plus solides du Bloc oriental (FIP sept. 2010, 15).

De plus, la Société nouvel arc-en-ciel (Corporación Nuevo Arco Iris - CNAI) déclare que, selon les autorités militaires colombiennes, les FARC ont créé un nouveau front, le Front 81 dans le département de Guaviare, à partir du Front 1, qui était présent dans le département d’Amazonas (CNAI juill. 2009, 25).

La FIP précise également de quels fronts chaque différent bloc est constitué :

  • Le Bloc oriental comprend les fronts 16, 26, 39 et 44; [traduction] « ses fronts se trouvent dans neuf départements du sud-est de la Colombie ».
  • Le Bloc Sud comprend le Front 32.
  • Le Bloc Martín Caballero, anciennement connu sous le nom Bloc Caraïbes, comprend les fronts 19 et 35.
  • Le Bloc José María Córdoba comprend les fronts 9, 47 et 57.
  • Le Commandement conjoint de la région centrale (Comando Conjunto Central) comprend les fronts 21 et 50.
  • Le Commandement conjoint occidental (Comando Conjunto de Occidente) comprend la colonne mobile Daniel Aldana et le front urbain Manuel Cepeda (FIP sept. 2010, 15, 18).

En outre, le quotidien de Bogotá El Espectador cite les autorités militaires, qui auraient dit que le Bloc central des FARC est constitué de 11 groupes (19 juill. 2010).

Selon le rapport de la FIP, le Bloc oriental des FARC est le bloc qui compte [traduction] « le nombre le plus élevé d’hommes, a la meilleure capacité en armement, a une forte influence sur la population et est le plus impliqué dans le trafic de stupéfiants » (sept. 2010, 15).

Changement dans la stratégie militaire

Durant sa mission d’enquête en Colombie, le CCR a questionné plusieurs personnes qui ont affirmé que, en raison de l’offensive de l’armée colombienne contre les guérilleros, les FARC ont modifié leur stratégie offensive, revenant aux [traduction] « “tactiques de guérilla” [qui consistent à] attaquer et disparaître [plutôt que] d’agir comme une armée ordinaire » (mars 2011, 10). L’International Crisis Group souligne aussi qu’afin de [traduction] « s’adapter au contexte de sécurité changeant et toujours plus hostile, les FARC ont de plus en plus recours aux tactiques de guérilla » (29 juin 2010, 3). Les universitaires Francisco Guitiérrez Sanín et Antonio Giustozzi fournissent des renseignements similaires, affirmant que les FARC ont commencé à combattre [traduction] « avec des unités plus petites et redécouvrent les avantages de la mobilité et des tactiques d’attente » (2010, 841). Un représentant du Bureau de l’ombudsman national de la Colombie a également fait état de ces changements (CCR mars 2011, 10-11). Il a dit au CCR que les FARC travaillaient en petits groupes d’au plus dix personnes au lieu d’agir en blocs de centaines ou de milliers de personnes comme avant, afin de pouvoir [traduction] « “se déplacer plus rapidement” » (ibid.).

Une étude parue dans Arcanos, magazine publié par l’ONG colombienne CNAI (CNAI 26 mai 2008), signale également que les FARC ont adopté de nouvelles stratégies de combat, y compris la [traduction] « professionnalisation de leurs troupes », qui comptent désormais un plus grand nombre de tireurs d’élite et de spécialistes en explosifs, et la diminution des combats face-à-face (ibid. avr. 2010, 17). Francisco Guitiérrez Sanín et Antonio Giustozzi soulignent que [traduction] « pour s’adapter à [leur] nouvelle situation, les FARC ont créé des unités plus spécialisées au sein de chaque front (p. ex. des unités de tireurs d’élite) » (2010, 843). L’International Crisis Group affirme que les FARC [traduction] « s’adaptent [également] à la pression militaire [en menant des] activités de recrutement énergiques auprès des populations rurales [et en] se livrant davantage au trafic de stupéfiants » (29 juin 2010, 1).

Alliances

Le conseiller politique de l’ambassade du Canada et le représentant du Bureau de l’ombudsman national de la Colombie ont tous deux affirmé, lors de leurs entretiens avec le CCR, que les FARC avaient dû s’allier avec d’autres groupes, y compris [traduction] « d’anciens ennemis » (CCR mars 2011, 11). L’International Crisis Group précise aussi que les FARC forment des [traduction] « alliances avec d’autres groupes armés et des organisations de narcotrafiquants » (29 juin 2010, 1).

Plusieurs exemples d’alliances des FARC avec des groupes de guérilleros, des narcotrafiquants et des paramilitaires ont été documentés par le Bureau du procureur national (Fiscalía General de la Nacíon) de la Colombie et ont par la suite été signalés par Caracol Radio, à Bogotá (Caracol Radio 4 mai 2010). Par exemple, dans le département de Norte de Santander, le front « Resistencia Barí » des FARC a conclu un partenariat avec le front « Libardo Mora Toro » de l’Armée de libération nationale (Ejército de Liberación Nacional - ELN) en ce qui concerne le contrôle de la production de coca dans le parc national de Catatumbo-Barí et des routes menant au Venezuela (ibid.). Dans les Plaines orientales (Llanos Orientales) de la Colombie, les FARC se sont alliées avec les groupes criminels Armée révolutionnaire populaire anticommuniste (Ejército Revolucionario Popular Anticomunista - ERPAC) et Los Rastrojos (ibid.). Les fronts 18 et 58 des FARC ont aussi noué des liens avec les groupes criminels émergents (bandas emergentes) Los Urabeños, les Aigles noirs (Águilas Negras, Los Paisas et Los Rastrojos; les fronts des FARC échangeraient avec ces groupes leur production de base de cocaïne contre des armes à feu et de la nourriture (ibid.). De plus, dans le département de Valle del Cauca, il existe des liens entre les FARC et le « "Clan González Rivas" », organisation de narcotrafiquants qui mène ses activités le long de la côte du Pacifique, plus particulièrement dans le département voisin de Chocó et dans la ville de Buenaventura (ibid.).

Commandement

Selon le professeur de sciences politiques Jim Rochlin, les FARC ont encaissé des [traduction] « coups durs » en 2008, perdant trois de leurs principaux chefs (août 2010, 738). Le commandant en second, Raúl Reyes, a été tué en Équateur par des forces colombo-américaines; le [traduction] « chef suprême », Manuel Marulanda, est mort de cause naturelle; et un membre du secrétariat, Ivan Rios, a été assassiné par son garde du corps en échange d’une somme versée par le gouvernement (Rochlin août 2010, 738). Freedom House signale le décès des trois hommes dans son Freedom in the World Report 2010 (2010).

Plus récemment, le Centre d’études stratégiques et internationales (Center for Strategic and International Studies - CSIS) de Washington a fait état du décès, le 20 septembre 2010, de « Mono Jojoy », qui occupait le deuxième rang dans le [traduction] « commandement collectif [des FARC et était] leur principal commandant militaire » (oct. 2010, 5). Mono Jojoy aurait été responsable du Bloc oriental des FARC, qui, d’après le CSIS, représente la moitié des forces armées des FARC (CSIS oct. 2010, 5). Au moment d’annoncer la mort de Mono Jojoy, des médias ont dit que le Bloc oriental était l’unité [traduction] « la plus forte » des FARC (Time International 10 nov. 2010; Christian Science Monitor 23 sept. 2010), comptant de [traduction] « 4 000 à 5 000 combattants environ » (ibid.). L’importance stratégique de la mort de Mono Jojoy pour le gouvernement de la Colombie est soulignée dans un article du Time International (10 nov. 2010). Affirmant qu’il s’agissait [traduction] « “probablement de l’attaque la plus intense et la plus importante” » contre les FARC (Time International 10 nov. 2010), le président Santos a décrit le décès de Mono Jojoy comme étant le [traduction] « “début de la fin” » pour les FARC (The Economist 30 sept. 2010; Miami Herald 29 oct. 2010).

Cependant, El Espectador signale que « "Alfonso Cano" », chef des FARC depuis la mort de Manuel Marulanda en mai 2008, demeure introuvable, étant caché dans le sud-est de la Colombie et protégé par le Bloc central des FARC (19 juill. 2010). En 2011, le site d'information colombien CaracolTV.com a annoncé le décès du chef de la sécurité d’Alfonso Cano, qui était également l’un des dirigeants du Commandement conjoint de la région centrale des FARC (CaracolTV.com 21 mars 2011). Cependant, s’adressant à la délégation du CCR en Colombie, le conseiller politique de l’ambassade du Canada s’est dit d’avis que, malgré [traduction] « la mort de nombreux membres du secrétariat des FARC », les guérilleros des FARC « ont toujours la capacité de faire un retour en force » (CCR mars 2011, 11).

Capacités de communication

D’après le professeur de sciences politiques Jim Rochlin, [traduction] « il ne fait aucun doute que la mobilité et le système de communication des FARC ont été affaiblis » en raison des mesures prises par le gouvernement à leur endroit (août 2010, 732). Les universitaires Francisco Guitiérrez Sanín et Antonio Giustozzi soulignent également que les [traduction] « communications [des FARC] ont été désorganisées » (2010, 841). Les entretiens menés par la délégation du CCR en Colombie ont permis d’obtenir des renseignements similaires, à savoir que l’armée colombienne a affaibli le système de communication des FARC (mars 2011, 13). Par ailleurs, selon la recherche effectuée par l’International Crisis Group à Bogotá et dans les départements d’Antioquia, de Nariño, de Chocó, de Norte de Santander, de Meta et de Sucre, les FARC [traduction] « éprouvent de graves problèmes de coordination et de communication » (29 juin 2010, 2).

Dans un autre ordre d’idées, un représentant du Bureau de l’ombudsman national de la Colombie affirme que les groupes de guérilleros comme les FARC ont des réseaux d’informateurs qui contrôlent des [traduction] « “villes et des quartiers complets” » (CCR mars 2011, 17). Le CCR explique que ces informateurs font partie des [traduction] « nombreux groupes qui ont des contacts » avec des civils, y compris des personnes déplacées à l’intérieur du territoire, qui cherchent à éviter les menaces provenant des [traduction] « groupes armés » (ibid., 16, 17).

Activités

Dans un message d’intérêt public diffusé le 7 janvier 2011, dont on peut lire les détails dans le Latin American Weekly Report, le dirigeant des FARC, Alfonso Cano, a promis qu’en 2011, les FARC [traduction] « “redoubleraient leurs efforts dans tous les sens du terme” » (Latinnews.com 13 janv. 2011). Plusieurs sources décrivent les types d’activités auxquelles les FARC se livrent ou se sont livrées (FIP sept. 2010, 9; Sanín et Giustozzi 2010, 846; El Espectador 11 mars 2011; Semana.com 29 janv. 2011). Par exemple, le rapport de la FIP précise que le commerce de la drogue et l’extorsion font partie des activités illégales des FARC (FIP sept. 2010, 9).

Les universitaires Francisco Guitiérrez Sanín et Antonio Giustozzi affirment aussi que les FARC participent à l’économie légale par l’entremise de l’extorsion; par exemple, ils font état des [traduction] « contributions » des élites rurales dans les territoires où les FARC ont établi un contrôle [traduction] « à long terme » (2010, 846). Un article de Semana.com donne un exemple différent d’extorsion, décrivant la façon dont les membres des FARC s’y prennent pour obtenir des munitions auprès de personnes comme des hommes d’affaires ordinaires (29 janv. 2011). Le commandant des forces armées de la Colombie affirme, dans un article paru dans El Espectador, que ces dernières ignorent actuellement qui sont les compagnies qui, victimes de l’extorsion à laquelle se livrent des groupes armés illégaux comme les FARC, [traduction] « “continuent de soutenir le terrorisme en Colombie” », et quel est leur nombre (11 mars 2011).

Jim Rochlin énumère également dans son article diverses activités des FARC (août 2010, 735). Faisant référence à une entrevue en 2008 avec un [traduction] « membre haut placé » de la Commission internationale des FARC, Jim Rochlin déclare que seul un [traduction] « “faible” » pourcentage du financement des FARC repose sur le trafic de stupéfiants et que leurs investissements dans le domaine, entre autres, de la [traduction] « “haute finance” » nationale et internationale, l’agriculture, l’exploitation minière, l’élevage bovin, le transport et la construction représentent une part [traduction] « plus importante » de ce financement (août 2010, 735). L’Economist en donne un exemple, affirmant que les FARC financent leurs activités au moyen de mines d’or illégales (27 janv. 2011). La preuve recueillie par la police démontrerait qu’il existe 15 mines de ce type dans le département de Bolívar et que les FARC les exploiteraient elles-mêmes ou extorqueraient de l’argent, [traduction] « principalement [à des mineurs] illégaux » (The Economist 27 janv. 2011).

Violations des droits de la personne

Freedom House souligne qu’en 2009, les FARC et d’autres groupes ont commis [traduction] « plusieurs massacres de membres du groupe [indigène] Awá » (2010). L’International Crisis Group fait également mention de deux massacres commis en février 2009 par les FARC à l’endroit des Awá, ainsi que d’un autre massacre que les FARC auraient aussi perpétré en août de la même année (29 juin 2010, 6). Ces incidents ont été suivis de [traduction] « déplacements massifs » (International Crisis Group 29 juin 2010, 6).

Selon un rapport du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme (HCDH), les FARC font partie des groupes auxquels sont attribuables [traduction] « les homicides, les menaces, les attaques, le vol d’information, la surveillance illégale et l’intimidation visant sur une base permanente les défenseurs des droits de la personne et leurs organisations dans diverses régions du pays » (Nations Unies 3 févr. 2011, paragr. 10). Le rapport attribue également aux FARC [traduction] « des disparitions, des détentions, des déplacements forcés, […] des attentats au hasard au moyen de mines antipersonnel [et] des actes de violence sexuelle » (ibid., paragr. 70).

Trafic de stupéfiants

D’après les universitaires Francisco Guitiérrez Sanín et Antonio Giustozzi, la participation des FARC au [traduction] « commerce de la coca [est] très importante [et des informations] crédibles » indiquent que le groupe de guérilleros a [traduction] « participé activement à la protection des cultures, à la transformation du produit et à son exportation » depuis les années 1990 (2010, 846). On trouve la même information dans l’article de Jim Rochlin, qui souligne qu’un certain nombre de facteurs portent à croire que le groupe [traduction] « participe de manière appréciable au trafic de stupéfiants, [y compris son] contrôle manifeste des plantations [de coca], sa représentation politique de cultivateurs de coca, ainsi que le fait qu’il a admis prendre part aux activités de cette industrie illicite et extrêmement rentable » (août 2010, 735). Par ailleurs, le CCR cite le conseiller politique de l’ambassade du Canada, qui aurait dit que les FARC [traduction] « deviennent de plus en plus une organisation qui se livre au trafic de stupéfiants et qu’elles assurent leur subsistance de cette façon, même si leur orientation demeure idéologique » (mars 2011, 11). L’International Crisis Group signale également que les FARC se participent au trafic de stupéfiants au Panama, au Venezuela et au Brésil, ainsi que le long du Pacifique (29 juin 2010, 7).

Le 2010 World Drug Report de l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (ONUDC) avance que le Front 48, qui [traduction] « se trouve le long de la frontière de l’Équateur », est particulièrement impliqué dans le trafic de stupéfiants, puisqu’il joue un rôle [traduction] « central dans les activités de trafic de cocaïne » des FARC (Nations Unies 2010, 234). On peut lire dans l’article de Caracol Radio que le Bloc Sud et le Bloc oriental des FARC seraient grandement impliqués dans le trafic de stupéfiants (4 mai 2010). On peut également y lire que non seulement le Front 15 est [traduction] « le principal producteur d’alcaloïdes » (qui sont extraits des feuilles de coca pour produire la cocaïne [Brombacher et Maihold sept. 2009, 8]), mais il travaille aussi avec d’autres narcotrafiquants dans les départements du sud du pays (Caracol Radio 4 mai 2010). Caracol Radio signale également que, selon le Bureau du procureur national, le Front 29 et la colonne mobile Daniel Aldana cultivent et transportent la cocaïne jusqu’aux villes côtières du département de Nariño (ibid.). Selon l’International Crisis Group, huit fronts se consacrent presque exclusivement au trafic de stupéfiants, dans les départements suivants : le Front 30 dans Valle del Cauca, le Front 29 dans Nariño, le Front 63 dans le Caquetá, le Front 15 dans l’Amazonas, le Front 48 dans Putumayo, les fronts 6 et 60 dans Cauca, le Front 57 dans Chocó, et le Front 33 dans Norte de Santander (29 juin 2010, 8).

Enlèvements

Selon le rapport Country Reports on Human Rights Practices for 2009 publié par les États-Unis et une déclaration publique d’Amnesty International (AI) demandant la libération de tous les otages, les groupes de guérilleros comme les FARC sont responsables d’un nombre important d’enlèvements (É.-U. 11 mars 2010, sect. 1.g; AI 10 févr. 2011). Le rapport des États-Unis souligne que les FARC utilisent des politiciens et des membres des forces de sécurité comme otages dans le cadre de négociations avec le gouvernement (11 mars 2011, sect. 1.g). Toutefois, Amnesty International signale que le nombre d’enlèvements a chuté au cours des années et fait état de la libération par les FARC d’un conseiller municipal le 9 février 2011 après 19 mois de détention (10 févr. 2011). Dans le même ordre d’idées, le Guardian a signalé la libération de deux politiciens et de deux militaires en février 2011 (Guardian 17 févr. 2011). On peut également lire dans cet article que, même si les FARC [traduction] « ont libéré 6 otages au cours de la dernière semaine », le groupe de guérilleros détient toujours 15 militaires et policiers (ibid.). El Espectador fait état de l’enlèvement collectif de 23 entrepreneurs par le Front 16 des FARC dans le campement d’une société pétrolière (9 mars 2011).

Action militaire

D’après une analyse des activités militaires des FARC en 2009 effectuée par la CNAI, les FARC ont toujours une [traduction] « forte capacité militaire, qui est démontrée par leurs actions dans [les départements de] La Guajira, Guaviare, Cauca et Nariño », ainsi que par le fait qu’elles ont réussi à récupérer certains territoires perdus (CNAI avr. 2010, 5). L’étude souligne également que les activités militaires des FARC ont augmenté de 27 p. 100 en 2009 par rapport à 2008 (ibid., 8). En chiffres exacts, cela équivaut à 1 614 actions militaires en 2009, dont 421 activités liées aux champs de mines, 181 attaques de tireurs d'élite, 55 embuscades, 93 attaques contre l’infrastructure énergétique, 612 combats, 168 cas de harcèlement et 84 autres types d’activité (ibid., 10). Il y a aussi eu une augmentation des activités militaires des FARC dans les départements d’Arauca, de Guaviare, de Putumayo et de Nariño (ibid., 15).

Mesures prises par l’État pour lutter contre les FARC

Dans un rapport publié en octobre 2010 sur le conflit interne en Colombie, l’International Crisis Group affirme que l’ancien président Álvaro Uribe a adopté une [traduction] « approche essentiellement militaire [pour mettre fin] aux générations de conflits armés dans le pays » (13 oct. 2010, i). Par conséquent, l’armée a recommencé à assurer la sécurité le long des routes principales du pays, a augmenté la présence policière dans la plupart des municipalités et, comme il a été mentionné tout au long du présent document, a affaibli les FARC (13 oct. 2010, 1). Cité dans le rapport du CCR, le conseiller politique de l’ambassade du Canada affirme d'ailleurs que [traduction] « la sécurité en milieu urbain s’est considérablement accrue au cours des huit dernières années » (mars 2011, 6). Le conseiller ajoute cependant que

[traduction]

le pire du conflit a été « repoussé » vers les régions externes du pays, où les répercussions sont importantes pour les civils. La réussite du gouvernement de la Colombie n’est pas encore complète, mais il s’agit d’un « travail en cours » (CCR mars 2011, 6).

L’International Crisis Group affirme également que l’État a [traduction] « repris le contrôle de parties considérables du territoire national », mais il ajoute que les FARC continuent de remplacer les membres qui ont été [traduction] « tués, capturés ou [ont fait] défection » en recourant au recrutement volontaire ou forcé (13 oct. 2010, 1-2). De plus, les personnes questionnées par la délégation du CCR ont souligné qu’en raison des [traduction] « “nouveaux styles d’opérations militaires” » des FARC, elles n’ont plus besoin de maintenir une présence dans les villes, car elles peuvent [traduction] « engager des “tueurs à gage” (sicarios) pour entreprendre une action militaire dans n’importe quelle ville de la Colombie » (CCR mars 2011, 11). Le représentant du Bureau de l’ombudsman national fait également observer que les FARC [traduction] « peuvent mener une attaque “à n’importe quel endroit et n’ont pas besoin de grands groupes” » (ibid., 12).

Le ministère de la Défense nationale (Ministerio de Defensa Nacional) de la Colombie fournit des statistiques montrant la réussite de son programme lancé en 2002 de démobilisation volontaire visant les guérilleros et les paramilitaires; les chiffres relatifs aux FARC indiquent que 2 128 personnes se sont volontairement démobilisées en 2009, 2 009 en 2010, et 339 du 1er janvier au 7 mars 2011 (Colombie s.d.). Cependant, l’International Crisis Group reconnaît que, bien que les mesures prises par le gouvernement aient [traduction] « facilité la démobilisation des combattants », ce dernier n’a pas tout autant réussi à [traduction] « créer pour eux des possibilités d’intégration au sein de la population active », donnant lieu à une situation où il est possible [traduction] « d’inciter » les ex-combattants à se livrer de nouveau à des [traduction] « activités illégales » (13 oct. 2010, 10).

Un exemple de la détermination du gouvernement à l’endroit des FARC est donné dans un article paru en juillet 2010 dans El Espectador : un général de l’armée colombienne évoque l’arrestation de 280 hommes et la saisie de renseignements administratifs et de communication importants du Bloc central des FARC (19 juill. 2010). En outre, les autorités ont signalé que 12 membres de l’équipe d’agents de sécurité du chef des FARC Alfonso Cano avaient été tués lors d’une attaque militaire le 11 juillet 2010, et que le [traduction] « confident personnel » d’Alfonso Cano avait été fait prisonnier dans le cadre d’une opération distincte (El Espectador 19 juill. 2010).

Cette réponse a été préparée par la Direction des recherches à l'aide de renseignements puisés dans les sources qui sont à la disposition du public, et auxquelles la Direction des recherches a pu avoir accès dans les délais fixés. Cette réponse n'apporte pas, ni ne prétend apporter, de preuves concluantes quant au fondement d'une demande d'asile. Veuillez trouver ci-dessous les sources consultées pour la réponse à cette demande d'information.

Références

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Autres sources consultées

Sources orales :Des universitaires de la University of Tromsø, du Center for Latin American Studies à la Georgetown University, du Sociology Department du Manhattan College, du Department of Political Science and Government à la Universidad del Rosario, du Department of Political Science à la Universidad de los Andes, de la School of Economic, Political and Policy Sciences à la University of Texas at Dallas, du Department of Political Science à la University of British Colombia ainsi que le directeur de la Corporación Nuevo Arco Iris (CNAI) n’ont pas répondu à une demande de renseignements dans les délais voulus. Des universitaires du Department of Economics à la Universidad del Rosario, de la University of Virginia's School of Law et du Department of Sociology à la Acadia University n’ont pas été en mesure de fournir des renseignements.

Sites Internet, y compris : Colombie - Fiscalía General de la Nación, Comisión Nacional de Reparación y Reconciliación (CNRR), Consultoría para los Derechos Humanos y el Desplazamiento (CODHES), European Country of Origin Information Network (ecoi.net), Factiva, Fedesarrollo, GlobalSecurity.org, Human Rights Watch, Nations Unies - ReliefWeb, Open Society Foundations.



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