Haïti : information sur les chimères, leurs activités et les zones où elles sont présentes; information sur le traitement réservé aux chimères par les autorités et sur la présence de membres du groupe au sein du gouvernement et de la police (2006-mai 2008)
Direction des recherches, Commission de l'immigration et du statut de réfugié du Canada, Ottawa
Au cours d'un entretien téléphonique le 26 mai 2008 avec la Direction des recherches, le directeur exécutif du Réseau national de défense des droits humains (RNDDH), organisation non gouvernementale à but non lucratif, a souligné que les chimères n'existent plus en tant que groupe depuis 2006, année de l'élection du président René Préval (RNDDH 26 mai 2008; voir aussi The Miami Herald 20 févr. 2007 et professeur au Département de sociologie 21 mai 2008). En effet, le gouvernement Préval n'utilise pas les chimères comme le faisait le parti Lavalas, parti politique de l'ancien président Jean-Bertrand Aristide (RNDDH 26 mai 2008). Les chimères ne sont donc plus utilisées à des fins de « répressions politiques », mais opèrent à leur compte (ibid. 28 mai 2008).
Selon un professeur au Département de sociologie de l'Université du Québec à Montréal et spécialiste d'Haïti,
[j]usqu'à son départ forcé du pouvoir, les bandes de partisans zélés du président Aristide organisaient des manifestations violentes en sa faveur, cherchaient à contrôler la rue et à imposer le silence à l'opposition et la critique. Souvent, elles se conduisaient comme des forces paramilitaires de tyrannie et de répression. Elles étaient désignées négativement sous le nom de chimères. Des bandes mobilisables à tout moment au service du régime d'Aristide, non pas une organisation structurée et hiérarchisée ayant une vie propre. Aussi avec le départ forcé du pouvoir du président Aristide sont-elles aussi parties de la rue et de l'imaginaire public les bandes de chimères. Ce qui n'implique pas, bien sûr, que le phénomène de milice privée ayant d'autres allégeances ne puisse pas réapparaître sous d'autres désignations stigmatisantes. (21 mai 2008)
Le site Internet Haïti-Référence, un guide de référence sur Haïti, définit les chimères de la façon suivante : « Jeunes casseurs, formant à l'occasion des groupes de pression, issus, pour la plupart des quartiers populaires, et supposés être à la solde de Famni Lavalas (Famille Lavalas, le parti [de l'ancien] président Jean-Bertrand Aristide) » (s.d.).
Dans un entretien téléphonique avec la Direction des recherches, le chef des opérations de la région ouest de Port-au-Prince de la Mission des Nations Unies pour la stabilisation en Haïti (MINUSTAH) a affirmé que les chimères sont d'anciens militaires (Nations Unies 28 mai 2008). Ils commettent des vols sur la personne et des enlèvements (ibid.). Ils obtiennent facilement des armes et leur mode d'opération lors des enlèvements peut être assez structuré (ibid.).
Selon le chef des opérations de la région ouest de Port-au-Prince de la MINUSTAH, les chimères n'occupent pas un territoire particulier, contrairement à d'autres groupes criminels (28 mai 2008). Les chimères peuvent être mêlées à d'autres groupes criminels et sont donc présentes sur tout le territoire haïtien (ibid.). Elles tentent de revenir à Cité-Soleil, et ce, malgré la présence des forces internationales (ibid.).
Traitement réservé aux chimères par les autorités et présence des chimères au sein du gouvernement et de la police
Le directeur du RNDDH a souligné que les gens qui faisaient partis des chimères sont toujours en liberté en raison de l'impunité générale en Haïti (RNDDH 26 mai 2008). Les personnes qui ont commis des crimes n'ont pas été jugées (ibid.). Selon le directeur du RNDDH, « le gouvernement n'a pas le contrôle du pays, les institutions sont très faibles et ne contrôlent pas les groupes qui possèdent les armes » (ibid.). De même, selon le chef des opérations de la région ouest de Port-au-Prince de la MINUSTAH, il n'y a pas de volonté au sien de la Police nationale d'Haïti de procéder aux enquêtes afin d'arrêter les membres des chimères (28 mai 2008). Par ailleurs, les gens auraient peur de signaler les actes criminels par crainte de représailles des chimères (ibid.).
Le directeur exécutif du RNDDH a ajouté que certains membres des chimères occupent maintenant des postes au gouvernement, mais n'ont pas de privilège particulier et n'exercent pas leurs fonctions dans le but de faire des " pressions politiques " (RNDDH 26 mai 2008). De plus, des policiers qui ont collaboré avec les chimères peuvent être encore en poste au sein de la Police nationale d'Haïti (ibid. 28 mai 2008). De même, selon le chef des opérations de la MINUSTAH, « [...] il est fort possible que d'anciens membres des chimères soient maintenant intégrés aux forces de police haïtiennes » (28 mai 2008). La Police nationale d'Haïti a une politique d'enquête voulant que les antécédents des recrues soient vérifiées, mais dans les faits, ces enquêtes sont difficilement réalisables et les résultats ne sont pas concluants (ibid.).
Cette réponse a été préparée par la Direction des recherches à l'aide de renseignements puisés dans les sources qui sont à la disposition du public, et auxquelles la Direction des recherches a pu avoir accès dans les délais prescrits. Cette réponse n'apporte pas, ni ne prétend apporter, de preuves concluantes quant au fondement d'une demande d'asile. Veuillez trouver ci-dessous la liste des autres sources consultées pour la réponse à cette demande d'information.
Références
Haïti-Référence. S.d. « Tentative d'un glossaire ». <http://www.haiti-reference.com/arts/culture/glossaires.html> [Date de consultation : 26 mai 2008]
The Miami Herald. 20 février 2007. Jacqueline Charles. « In Haitian Slum, Fear Recedes Slowly ». (Factiva)
Nations Unies. 28 mai 2008. Mission des Nations Unies pour la stabilisation en Haïti (MINUSTAH). Entretien téléphonique avec le chef des opérations de la région ouest de Port-au- Prince.
Professeur au Département de sociologie de l'Université du Québec à Montréal. 21 mai 2008. Communication écrite envoyée à la Direction des recherches.
Réseau national de défense des droits humains (RNDDH). 28 mai 2008. Entretien téléphonique avec le directeur exécutif.
_____. 26 mai 2008. Entretien téléphonique avec le directeur exécutif.
Autres sources consultées
Sites Internet, y compris : Agence haïtienne de presse (AHP), Alternatives, AlterPresse, Amnesty International (AI), Boston Haitian Reporter, Fondasyon Mapou, Haïti Échanges, Haïti Infos, Haitian Lawyers Leadership Network, Institute for Justice and Democracy in Haiti, Mission des Nations Unies pour la stabilisation en Haïti (MINUSTAH), Reliefweb, Réseau national de défense des droits humains (RNDDH).