Haïti : information sur le traitement réservé aux personnes atteintes de la COVID-19, ou perçues comme telles, notamment celles qui reviennent de l'étranger; la protection offerte par l'État (2020–juin 2021)
1. Aperçu
Selon plusieurs sources, Haïti a été considérée au cours de l'année 2020 comme ayant moins de cas et de décès liés à la COVID-19 que prévu (professeur agrégé 1er juin 2021; Nations Unies mars 2021, 92, 93) ou qu'ailleurs dans les Amériques (Al Jazeera 9 juin 2021; Nations Unies mars 2021, 92, 93). Un rapport du ministère de la Santé publique et de la Population (MSPP) d'Haïti signale qu'entre les premiers cas confirmés en mars 2020 jusqu'au début du mois de mars 2021, on comptait 12 669 cas confirmés et 250 décès (Haïti 10 mars 2021, 1). D'après un autre rapport de la même source, à compter du 10 juin 2021, ces chiffres ont monté à 16 662 cas confirmés et 358 décès (Haïti 10 juin 2021, 1). Des sources rapportent que le nombre de cas pourrait être plus élevé étant donné le manque de dépistage (Al Jazeera 9 juin 2021; The New York Times 13 juin 2021; The New Humanitarian 16 mars 2021).
1.1 Attitude de la société
Plusieurs sources rapportent que la désinformation et la propagation de théories du complot, [ainsi que le manque de confiance dans les institutions de l'État et dans les autorités (Reuters 11 mai 2020; The New Humanitarian 16 mars 2021)], ont influencé l'attitude de la société haïtienne à l'égard du virus (avocat 15 juin 2021; Reuters 11 mai 2020; The New Humanitarian 16 mars 2021). Des sources rapportent que les Haïtiens (avocat 15 juin 2021) ou [traduction] « certains » Haïtiens (Reuters 11 mai 2020) pensent qu'ils ne peuvent compter que sur eux-mêmes pour répondre à la COVID-19 (avocat 15 juin 2021; Reuters 11 mai 2020).
Plusieurs sources rapportent que la population haïtienne manifeste un déni [[traduction] « généralisé » (CMMB 13 oct. 2020)] à l'égard de l'existence de la COVID-19 (CMMB 13 oct. 2020; AFP 15 juin 2020) ou de la gravité de la maladie (INURED déc. 2020, 44). D'après des sources, le manque d'information officielle sur le virus a contribué à ce phénomène (CARE International et Nations Unies 25 sept. 2020, 32; ICDH 21 juin 2021; INURED déc. 2020, 44), surtout dans les régions périphériques du pays, où de nombreux habitants n'ont pas accès à des moyens de communication (CARE International et Nations Unies 25 sept. 2020, 32). Selon un reportage publié en juin 2020 par l'Agence France-Presse (AFP), ce déni se manifeste en une « quantité de personnes [qui, prétendument,] sont victimes d'une ''petite fièvre'', [et qui refusent] d'être testées » (AFP 15 juin 2020). Selon un témoignage d'un patient de Médecins sans frontières (MSF), à Port-au-Prince, de nombreuses personnes se plaignaient de [traduction] « fièvre » et déclaraient préférer mourir chez elles plutôt que d'aller à l'hôpital, car elles craignaient d'y recevoir « un vaccin mortel » (MSF 6 juill. 2020). D'après MSF, à ce phénomène [traduction] « contradictoire », où de nombreux Haïtiens, par rapport à la COVID-19, d'un côté « n'y croient pas, mais en même temps, […] [la] craignent », s'ajoute la relation entre la peur et la stigmatisation, où « par peur d'être infectés, les gens ne veulent pas qu'une personne malade s'approche d'eux. C'est un moyen de protection » (MSF 6 juill. 2020).
2. Traitement réservé par la société à certains groupes durant la pandémie de COVID-19
2.1 Personnes atteintes et leurs familles
Des sources signalent que les personnes atteintes de la COVID-19, ou perçues comme telles, subissent de la stigmatisation sociale (CARE International et Nations Unies 25 sept. 2020, 38; INURED déc. 2020, 45). Selon des sources, cette stigmatisation a engendré des réactions violentes (CARE International et Nations Unies 25 sept. 2020, 38; Reuters 11 mai 2020). Au cours d'un entretien avec la Direction des recherches, un avocat défenseur des droits de la personne à Port-au-Prince a affirmé que les gens « ont tendance à vouloir repousser, intimider [et] chasser les personnes qui en sont atteintes » (avocat 15 juin 2021). Dans une communication écrite envoyée à la Direction des recherches, un représentant de l'Initiative citoyenne pour les droits de l'homme (ICDH), une organisation haïtienne œuvrant pour la défense des droits de la personne (ICDH s.d.), a souligné que les Haïtiens se montrent « hostiles » aux personnes perçues comme atteintes de la COVID-19, et que « si vous venez de Port-au-Prince, les gens qui habitent à la campagne croiront que vous êtes automatiquement infectés » (ICDH 21 juin 2021).
Des sources signalent que des personnes atteintes par la COVID-19 ou perçues comme telles se font traiter en cachette par peur de se faire stigmatiser par leur entourage (avocat 15 juin 2021; MSF 6 juill. 2020). Un rapport publié par le PNUD et l'Union européenne signale que selon une étude menée par le PNUD, l'Institut haïtien de statistique et d'informatique (IHSI) et la Coordination nationale de la sécurité alimentaire (CNSA) dont les résultats sont parus en novembre 2020, parmi les facteurs contribuant à la réticence des ménages haïtiens à se faire tester, la « [p]eur des risques d'infection à l'hôpital » (65,5 p. 100) et la « [p]eur d'être la cible de l'entourage » (44 p. 100) étaient les plus importants (Nations Unies et UE 31 janv. 2021, 39). Dans un rapport sur une enquête menée auprès de 510 ménages haïtiens du 1er juin 2020 au 14 août 2020 par l'Institut interuniversitaire de recherche et de développement (INURED), une organisation qui fait partie d’un réseau international d'universités et de centres de recherche et [traduction] « dont l'objectif est d'améliorer les conditions éducatives, socio-économiques et politiques de la population haïtienne » (INURED s.d.), on souligne qu'en raison de la stigmatisation, « certains » répondants ont affirmé que « les gens avaient tendance à garder secrets les cas d'infection par la COVID-19 dans leur famille, afin de se protéger contre de possibles actes de violence » (INURED déc. 2020, 1, 17, 45-46). Des sources rapportent le cas d'un chanteur atteint par le virus qui a reçu des menaces d'incendie des maisons de membres de sa famille (Haiti24 29 mars 2020) ou de sa maison et qui a dû fuir pour protéger sa famille (ICDH 21 juin 2021).
2.1.1 Groupes vulnérables
Une étude réalisée par CARE International en Haïti, une organisation qui [traduction] « travaille partout dans le monde pour sauver des vies, mettre fin à la pauvreté et obtenir la justice sociale » (CARE International s.d.), et l'Entité des Nations Unies pour l’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes (ONU Femmes) en Haïti, s'appuyant sur une revue documentaire, des entretiens menés en juin 2020 avec 90 membres de la communauté, du personnel sanitaire, des institutions étatiques et d'organisations locales et internationales ainsi qu'une enquête auprès des ménages incluant 565 femmes et 500 hommes, souligne que la stigmatisation en lien avec la COVID-19 « s’exprime aussi » envers les membres de certains groupes minoritaires, dont les personnes ayant diverses orientations sexuelles, identités de genre et expressions de genre (OSIGEG) (CARE International et Nations Unies 25 sept. 2020, 13–15, 38). Le rapport signale que selon une personne interviewée, la stigmatisation des personnes de diverses OSIGEG et des personnes vivant avec le VIH par la population déboucherait sur une difficulté à trouver « quelqu’un pour leur venir en aide au cas où [elles] en auraient besoin » en temps de pandémie (CARE International et Nations Unies 25 sept. 2020, 38). D’après un article publié par Willy Dunbar, doctorant en politiques et systèmes de santé à l'Université Libre de Bruxelles, et Yves Coppieters, professeur à l'École de santé publique de l'Université Libre de Bruxelles, la pandémie a entraîné une « exacerbation » de la stigmatisation envers les personnes vivant avec le VIH de la part des travailleurs des services de santé spécialisés pour le VIH qui « ne traitent pas les patients atteints du VIH de façon équitable » (Dunbar et Coppieters 14 mai 2020). Des sources rapportent que la COVID-19 est perçue par certains comme une « punition divine » (avocat 15 juin 2021) ou une « punition venant de Dieu » (CARE International et Nations Unies 25 sept. 2020, 38). Selon le témoignage d'un activiste pour les droits des personnes de diverses OSIGEG recueilli par CARE International et ONU Femmes, cette communauté est considérée « responsable » des catastrophes qui touchent le pays, et « [c]'est pourquoi […] il est important que les personnes appartenant à cette communauté soient prudentes lors de l'apparition d'un événement malheureux de même type que la pandémie de la COVID-19 afin de se préserver contre toute éventuelle attaque de la population » (CARE International et Nations Unies 25 sept. 2020, 38–39).
D'après le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations Unies, les personnes en situation de handicap constituent l'un des cinq groupes « parmi les premiers à être affectés par les actes de violence ou de maltraitance », notamment la stigmatisation, et, en raison des multiples crises sécuritaires et sanitaires qui ont marqué les années 2019 et 2020, cette communauté est « marquée par […] des difficultés d'accès aux services médicaux et les risques de violations des droits de l'homme » (Nations Unies mars 2021, 39, 46). Le rapport de CARE International et ONU Femmes signale que, d'après une personne interviewée, la stigmatisation est « souvent » manifestée par l'abandon des enfants dans cette situation (CARE International et Nations Unies 25 sept. 2020, 39). Selon le Bureau de la coordination des affaires humanitaires, 1,6 million d'Haïtiens sont en situation de handicap, dont 50 p. 100 sont des enfants (Nations Unies mars 2021, 40). La même source ajoute qu'en raison des multiples crises sécuritaires et sanitaires qui ont marqué les années 2019 et 2020 en Haïti, « les femmes et filles handicapées sont l'objet d'une augmentation accrue de violences notamment physiques, sexuelles, mentales, économiques » (Nations Unies mars 2021, 22, 46).
2.2 Personnel de la santé
Selon des sources, la stigmatisation liée à la COVID-19 touche les travailleurs du secteur de la santé (CARE International et Nations Unies 25 sept. 2020, 38; NPR 29 août 2020) du fait de leur présupposé « connivence » avec l'État pour infecter des patients (CARE International et Nations Unies 25 sept. 2020, 38). Le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations Unies rapporte des actes de violence à l'encontre de membres du personnel de la santé depuis le début de la crise (Nations Unies mars 2021, 35). Un article publié par Reuters signale que selon la directrice de l'Organisation panaméricaine de la santé (OPS), des membres du personnel de la santé ont reçu des menaces d'attaques (Reuters 11 mai 2020). Dans deux cas rapportés par des sources, des ambulances ont dû être escortées par la police, car des gens menaçaient les personnes possiblement infectées (INURED déc. 2020, 45; Reuters 11 mai 2020).
2.3 Haïtiens rapatriés
Selon un rapport publié par l'Organisation internationale pour les migrations (OIM) des Nations Unies, 810 812 migrants haïtiens sont rentrés en Haïti à partir de la République dominicaine entre le 17 mars 2020 et le 31 mai 2021, dont 300 109 étaient des retours volontaires (Nations Unies 10 juin 2021, 2). D'après un rapport des Nations Unies sur l'exécution du mandat du Bureau intégré des Nations Unies en Haïti (BINUH), il y a eu entre mars et novembre 2020 « presque » le triple des retours relativement à l'année 2019 « en raison de la perte d'emplois dans les secteurs du tourisme, de l'agriculture et de la construction » (Nations Unies 11 févr. 2021, paragr. 48). Selon l'OIM, 3 817 migrants haïtiens ont été rapatriés depuis d'autres pays des Caraïbes, d'Amérique du Nord et d'Amérique du Sud entre le 1er juin 2020 et le 31 mai 2021, dont 3 521 l'ont été de force (Nations Unies 10 juin 2021, 3).
Des sources rapportent qu'il y a [traduction] « au moins 100 » (MIDEQ 4 juin 2020) ou 100 (Nations Unies s.d.) points d'accès frontaliers entre la République dominicaine et Haïti (MIDEQ 4 juin 2020; Nations Unies s.d.). Les mêmes sources précisent que seuls cinq (MIDEQ 4 juin 2020) ou quatre (Nations Unies s.d.) d'entre eux sont des points de passage officiels (MIDEQ 4 juin 2020; Nations Unies s.d.). Selon un article du Washington Post, l'équipe médicale à la frontière haïtienne ne disposait pas de tests de dépistage de la COVID-19 en mai 2020 (The Washington Post 15 mai 2020). Le Bureau de la coordination des affaires humanitaires signale que « [d]e nombreux migrants retournés qui avaient été chercher une source de revenu en République dominicaine, et en particulier les femmes, éprouvent aujourd'hui des difficultés à reprendre leur vie et leurs activités en Haïti » (Nations Unies mars 2021, 49). La même source ajoute dans son rapport paru en mars 2021 que dans les départements du Centre, du Nord-Est et de l'Ouest, se trouvent respectivement 43 000, 64 000 et 7 000 personnes « déplacées/retournées/rapatriées » (Nations Unies mars 2021, 53).
Certaines sources ont rapporté que toute personne qui revient au pays peut être perçue comme étant porteuse de la maladie (avocat 15 juin 2021; professeur agrégé 1er juin 2021). Selon l'avocat, le fait de revenir de l'étranger est le premier facteur qui met une personne à risque d'être ciblée par la stigmatisation liée à la COVID-19 (avocat 15 juin 2021). Selon CARE International et ONU Femmes, les Haïtiens revenant de la République dominicaine forment l'un des trois groupes principaux de personnes stigmatisées en raison de la COVID-19, avec les personnes atteintes et le personnel du secteur de la santé (CARE International et Nations Unies 25 sept. 2020, 38).
Dans un cas parmi plusieurs qui sont rapportés par des sources, un pasteur haïtien de retour au pays à la suite d'un voyage, et ayant contracté la COVID-19, a déclaré avoir subi des accusations sur les médias sociaux de propager la maladie [par négligence (Reuters 11 mai 2020)] et des menaces de violence (INURED déc. 2020, 45; Reuters 11 mai 2020) en mars 2020 et a dû se réfugier chez des amis (Reuters 11 mai 2020). Dans un autre cas rapporté par l'INURED, un professeur d'université de la région de Limonade de retour d'un voyage aux États-Unis en mars 2020 et soupçonné d'avoir contracté le virus a subi des menaces d'incendie de sa maison (INURED déc. 2020, 45).
Au cours d'un entretien téléphonique avec la Direction des recherches, un professeur agrégé au département d'anthropologie de l'Université de Montréal, dont les recherches portent notamment sur les dimensions morales et épistémologiques de la médecine et qui réalise des études ethnographiques en Haïti depuis 1997, a affirmé que les Haïtiens qui sont déportés en Haïti sont « souvent » perçus comme s'étant engagés dans des activités criminelles et que ces personnes
se trouvent isolées, soit par le fait que leur réseau n'[est] plus là, soit [parce que] celui-ci ne les accepte plus. Pour ces raisons, qu'elles soient en santé ou [non] à leur retour, elles sont très vulnérables sur le plan sanitaire, étant donné qu'une bonne partie des soins [sont] traditionnellement fournis à domicile par des membres de leur réseau (professeur agrégé 1er juin 2021).
Selon un article publié en août 2020 dans la revue anthropologique américaine Sapiens, rédigé par Chelsey Kivland, une professeure associée d'anthropologie au collège américain Dartmouth qui a mené une étude sur les expériences de réinstallation des ressortissants en Haïti au cours de sept mois en 2020, les Haïtiens expulsés sont perçus comme des « étrangers indésirables », qui, selon un agent de l'immigration haïtien interviewé, « "apportent la criminalité et les mauvaises manières […] au pays" » (Kivland 6 août 2020). La même source ajoute que les retournés qui ont vécu pendant une longue durée à l'extérieur d'Haïti peuvent éprouver des difficultés à reformer un réseau social de par la perception qu'ils sont « immoraux ou même dangereux », perception qui peut aussi entraver leur capacité de trouver un travail, un logement et à accéder à des soins sanitaires (Kivland 6 août 2020).
3. Accès aux soins de santé
Plusieurs sources rapportent que l'accès à des services de soins sanitaires est limité en Haïti (Miami Herald 14 juin 2021; Nations Unies 11 juin 2021, paragr. 51; professeur agrégé 1er juin 2021). Selon le professeur agrégé, les établissements publics sont souvent désuets et manquent « de personnel, de sécurité, d'électricité et même d'eau potable et sont donc considérés comme des endroits où l'on va en dernier recours » (professeur agrégé 1er juin 2021). D'après le rapport de l'INURED, on compte « un peu moins de 1 000 » établissements de santé et « près de la moitié » sont situés dans la région de Port-au-Prince (INURED déc. 2020, 43). Le professeur agrégé a signalé qu'en milieu rural s'ajoute le problème de la distance des établissements (professeur agrégé 1er juin 2021). Des sources rapportent que depuis le mois de juin 2021, certains hôpitaux à Port-au-Prince ont dû fermer leurs portes aux nouveaux patients atteints de la COVID-19 parce que leur capacité était dépassée (Al Jazeera 9 juin 2021; ICDH 21 juin 2021; The New York Times 13 juin 2021).
L'avocat a affirmé que la procédure suivie par le corps médical a eu un impact sur l'accès aux services sanitaires :
La façon dont peuvent être prises en charge les personnes atteintes de la COVID-19 fait aussi peur à la population. Par exemple, lorsqu'une personne est soupçonnée d'avoir la COVID-19, on doit appeler un numéro d'urgence, le 2020. Une équipe médicale vient chercher la personne et l'emmène, seule, sans maintenir de communication avec sa famille. On ne sait pas où se trouve la personne, dans quel établissement médical, ni ce qui lui arrive, avant qu'elle n'en ressorte. Cela fait très peur (avocat 15 juin 2021).
D'après un reportage de Reuters, au mois de mai 2020, une patiente qui était en traitement pour la COVID-19 dans un hôpital public au nord de la capitale a été déposée chez elle en pleine nuit [traduction] « pour sa propre sécurité » (Reuters 11 mai 2020). Selon la même source, l'opposition des habitants, par peur de la contamination, a abouti à l'annulation de plusieurs projets d'installations sanitaires consacrés au traitement de la COVID-19 (Reuters 11 mai 2020).
Selon des sources, l'accès aux soins de santé est en outre entravé par la résurgence de violence armée aux mains de groupes criminels (Al Jazeera 9 juin 2021; Le Nouvelliste 9 juin 2021; MSF 11 juin 2021). Des sources rapportent que les affrontements entre groupes criminels, notamment à Port-au-Prince, limitent l'accès aux hôpitaux de la capitale et aux axes routiers utilisés pour distribuer le matériel médical (Le Nouvelliste 9 juin 2021; MSF 11 juin 2021). D'après la chef de mission de MSF en Haïti, [traduction] « "[a]u moment où nous devrions augmenter nos activités en raison de la COVID-19 et d'autres besoins, nous luttons pour maintenir nos installations existantes ouvertes en raison de l'insécurité" » (MSF 11 juin 2021). Pour obtenir des renseignements additionnels sur la situation sécuritaire et les groupes criminels en Haïti, veuillez consulter la réponse à la demande d'information HTI200655 publiée en juillet 2021.
Des médias signalent que le gouvernement a accepté l'envoi de vaccins au pays, mais qu'aucun vaccin n'avait été administré en date de juin 2021 (Al Jazeera 9 juin 2021; The New York Times 13 juin 2021).
4. Protection offerte par l'État
4.1 Mesures juridiques
Le Décret fixant les règles générales de protection de la population en cas de pandémie / épidémie publié en mai 2020 prévoit ce qui suit :
Article 13.- Toutes formes de stigmatisation et de discrimination sont interdites sous peine des sanctions prévues par la loi.
Article 14.- La prise de photo, de vidéo ou toute autre technique de capture d'image d'un malade, atteint du virus de la pandémie / épidémie, est interdite sans son autorisation, sous peine de dix mille (10.000) gourdes [environ 136 $CAN] d'amende, de quinze (15) jours d'emprisonnement ou de trente (30) jours de travail d'intérêt général à déterminer par le Conseil Municipal.
Article 15.- La publication de photo, de vidéo ou toute autre technique de capture d'image, sur les réseaux sociaux, de cadavres de personnes mortes de la pandémie / épidémie est interdite, sous peine de vingt mille (20.000) gourdes d'amende, de quinze (15) jours d'emprisonnement ou de trente (30) jours de travail d'intérêt général à déterminer par le Conseil Municipal.
…
Article 19.- Tout propos malsain ou toute forme de manque de respect manifesté à l'endroit des médecins, des infirmières, des auxiliaires ou tout autre membre du personnel soignant, est interdit dans les centres de traitement des personnes atteintes de la pandémie / épidémie.
Article 20.- L'usage d'armes à feu dans les locaux des centres de traitement de personnes, atteintes de la pandémie / épidémie, est interdit sauf autorisation du Chef de la Police (Haïti 2020, en gras dans l'original).
En ce qui concerne l'article du décret présidentiel portant sur l'interdiction de partager des images des personnes décédées de la COVID-19, Freedom House rapporte que des militants anticorruption et des groupes œuvrant pour la défense des droits de la personne ont accusé le gouvernement de Jovenel Moïse [1] de vouloir préparer le terrain [traduction] « pour restreindre davantage la liberté d'expression dans le futur » (Freedom House 3 mars 2021, sect. D1). D'après un cas rapporté par des médias, un animateur à la radio a été arrêté à la suite de sa déclaration à l'antenne selon laquelle il n'y avait pas de cas de COVID-19 en Haïti (Haiti24 4 avr. 2020; The Haitian Times 22 avr. 2020).
4.2 Mesures de sensibilisation
Selon Reuters, le président Moïse a dénoncé la violence contre les patients de la COVID-19, et a déclaré qu'elle ne sera pas [traduction] « tolérée » (Reuters 11 mai 2020). Le Bureau de la coordination des affaires humanitaires rapporte aussi la mise en place du Centre d'information permanente sur le coronavirus (CIPC) chargé de mener des activités de sensibilisation auprès de la population haïtienne (Nations Unies mars 2021, 31). D'après un article d'un journal américain en ligne dédié à la diaspora haïtienne, le Haitian Times, des organismes de santé ont mené des activités éducatives auprès des membres des communautés pour contrer les mythes et la désinformation liés à la COVID-19, et le MSPP de son côté a effectué des annonces à la radio et la distribution de dépliants et d'affiches (The Haitian Times 22 avr. 2020). Selon une représentante d'une ONG traitant des patients atteints par la COVID-19 en Haïti, citée dans la même source, [traduction] « le manque de confiance dans le gouvernement, plutôt que la portée de l'information, est une raison plus probable des perceptions erronées du public sur le coronavirus » (The Haitian Times 22 avr. 2020). D'après le Centre d'analyse et de recherche en droits de l'homme (CARDH), une organisation à but non lucratif située à Port-au-Prince (CARDH s.d.), 34 millions de dollars américains ont été dépensés dans le cadre des mesures d'urgence entre mars et août 2020 « dans l'opacité la plus totale », « or le système de santé n'est pas renforcé » (CARDH 10 août 2020, 17). Parmi les sources qu’elle a consultées dans les délais fixés, la Direction des recherches n'a pas trouvé d’autres renseignements allant dans le même sens.
Cette réponse a été préparée par la Direction des recherches à l'aide de renseignements puisés dans les sources qui sont à la disposition du public, et auxquelles la Direction des recherches a pu avoir accès dans les délais fixés. Cette réponse n'apporte pas, ni ne prétend apporter, de preuves concluantes quant au fondement d'une demande d'asile. Veuillez trouver ci-dessous les sources consultées pour la réponse à cette demande d'information.
Note
[1] Le président Jovenel Moïse a été assassiné dans la nuit du 6 au 7 juillet 2021 (Le Monde 8 juill. 2021).
Références
Agence France-Presse (AFP). 15 juin 2020. « Haïti atteint un pic dans l'épidémie, moins virulente que prévu ». [Date de consultation : 14 juin 2021]
Al Jazeera. 9 juin 2021. « "Cautionary Tale": Haiti Sees COVID Surge as It Awaits Vaccines ». [Date de consultation : 16 juin 2021]
Avocat, Port-au-Prince. 15 juin 2021. Entretien avec la Direction des recherches.
CARE International. S.d. « Who We Are ». [Date de consultation : 7 juill. 2021]
CARE International et Entité des Nations Unies pour l’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes (ONU Femmes), Nations Unies. 25 septembre 2020. « Haïti ». Analyse rapide genre – COVID-19. [Date de consultation : 21 mai 2021]
Catholic Medical Mission Board (CMMB). 13 octobre 2020. « COVID-19 Response in Haiti ». [Date de consultation : 10 juin 2021]
Centre d'analyse et de recherche en droits de l'homme (CARDH). 10 août 2020. L'état d'urgence sanitaire en Haïti : une opération de corruption, de paupérisation et de violation de droits humains. [Date de consultation : 7 juill. 2021]
Centre d'analyse et de recherche en droits de l'homme (CARDH). S.d. « Qui sommes-nous : présentation du CARDH ». [Date de consultation : 9 juill. 2021]
Dunbar, Willy, et Yves Coppieters. 14 mai 2020. « Le COVID-19 suscite une nouvelle stigmatisation des personnes LGBT+ ». The Conversation. [Date de consultation : 18 juin 2021]
Freedom House. 3 mars 2021. « Haiti ». Freedom in the World 2021. [Date de consultation : 25 mai 2021]
Haïti. 10 juin 2021. Ministère de la Santé publique et de la Population (MSPP), Direction d'épidémiologie, des laboratoires et de la recherche (DELR). Surveillance de la COVID-19. Bulletin n˚ 468. [Date de consultation : 14 juin 2021]
Haïti. 10 mars 2021. Ministère de la Santé publique et de la Population (MSPP), Direction d'épidémiologie, des laboratoires et de la recherche (DELR). Surveillance de la COVID-19. Bulletin n˚ 377. [Date de consultation : 14 juin 2021]
Haïti. 2020. Décret fixant les règles générales de protection de la population en cas de pandémie / épidémie. [Date de consultation : 16 juin 2021]
Haiti24. 4 avril 2020. Stevens G. Gabriel. « Haïti-Justice : L'arrestation de Louko Désir suscite des controverses ». [Date de consultation : 22 juin 2021]
Haiti24. 29 mars 2020. Germina Pierre Louis. « Guéri du coronavirus, Roody Roodboy appelle à la protection des personnes infectées ». [Date de consultation : 22 juin 2021]
The Haitian Times. 22 avril 2020. Sam Bojarski. « Health Workers in Haiti Play Critical Role Stemming False Information ». [Date de consultation : 15 juin 2021]
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Initiative citoyenne pour les droits de l'homme (ICDH). S.d. « Accueil ». [Date de consultation : 21 juin 2021]
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Institut interuniversitaire de recherche et de développement (INURED). S.d. « Mission ». [Date de consultation : 1er juin 2021]
Kivland, Chelsey. 6 août 2020. « Des Haïtiens expulsés des États-Unis et confrontés à une crise impensable en pleine pandémie ». Sapiens. [Date de consultation : 22 juin 2021]
Médecins sans frontières (MSF). 11 juin 2021. « Haiti: Violence Puts Patients, Staff, and Medical Activities at Risk ». [Date de consultation : 18 juin 2021]
Médecins sans frontières (MSF). 6 juillet 2020. « Haiti: Between Denial and Fears About COVID-19, Health Promotion on the Front Line ». [Date de consultation : 11 juin 2021]
Miami Herald. 14 juin 2021. Jacqueline Charles. « Haiti Already Had a Child Hunger Problem. Now COVID and Gang Clashes Are Making It Worse ». [Date de consultation : 16 juin 2021]
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Le Monde. 8 juillet 2021. « Après l'assassinat du président Jovenel Moïse en Haïti, quatre "mercenaires" tués ». [Date de consultation : 9 juill. 2021]
National Public Radio (NPR). 29 août 2020. Diane Cole. « Why Scapegoating Is a Typical Human Response to a Pandemic ». [Date de consultation : 11 juin 2021]
Nations Unies. 11 juin 2021. Conseil de sécurité. Bureau intégré des Nations Unies en Haïti : Rapport du Secrétaire général. (S/2021/559) [Date de consultation : 16 juin 2021]
Nations Unies. 10 juin 2021. Organisation internationale pour les migrations (OIM). Surveillance des flux sur 20 points de passage frontalier entre Haïti et la République dominicaine. Rapport de situation bi-mensuel n˚ 36. [Date de consultation : 18 juin 2021]
Nations Unies. Mars 2021. Bureau de la coordination des affaires humanitaires. Aperçu des besoins humanitaires : Haïti. [Date de consultation : 14 mai 2021]
Nations Unies. 11 février 2021. Conseil de sécurité. Bureau intégré des Nations Unies en Haïti : Rapport du Secrétaire général. (S/2021/133) [Date de consultation : 20 mai 2021]
Nations Unies. S.d. Organisation internationale pour les migrations (OIM) Haïti. « Border Monitoring ». [Date de consultation : 20 mai 2021]
Nations Unies et Union européenne (UE). 31 janvier 2021. « République d'Haïti ». Évaluation socioéconomique de l'impact de la pandémie COVID-19 (ESI COVID-19). [Date de consultation : 14 juin 2021]
The New Humanitarian. 16 mars 2021. Jessica Obert. « In Crisis-Hit Haiti, Rampant Distrust of Government Is Driving Vaccine Hesitancy ». [Date de consultation : 16 juin 2021]
The New York Times. 13 juin 2021. Catherine Porter. « Without Vaccines, Haiti Struggles to Contain Its Latest COVID Wave ». [Date de consultation : 16 juin 2021]
Le Nouvelliste. 9 juin 2021. « Pénurie d'oxygène dans les hôpitaux à Carrefour ». [Date de consultation : 18 juin 2021]
Professeur agrégé, Université de Montréal. 1er juin 2021. Entretien avec la Direction des recherches.
Reuters. 11 mai 2020. Andre Paultre et Sarah Marsh. « "Gathering to Kill Me": Coronavirus Patients in Haiti Fear Attacks, Harassment ». [Date de consultation : 11 juin 2021]
The Washington Post. 15 mai 2020. Kevin Sieff. « Haiti, Spared a Major Coronavirus Outbreak so Far, Now a "Tinderbox" Set to "Explode" ». [Date de consultation : 6 juill. 2021]
Autres sources consultées
Sources orales : Centre justice et foi; Haitian Global Health Alliance; Institute for Justice and Democracy in Haiti; Nations Unies – Organisation internationale pour les migrations; professeur titulaire à une université au Canada dont la recherche porte notamment sur la culture et l'anthropo-sociologie de la santé communautaire en Haïti.
Sites Internet, y compris : Amnesty International; Bureau des avocats internationaux; Centre justice et foi; Défenseurs plus; ecoi.net; États-Unis – Department of State; Famine Early Warning Systems Network; HaïtiLibre; Haitian Global Health Alliance; Human Rights Watch; Institute for Justice and Democracy in Haiti; Nations Unies – Refworld; Reporters sans frontières.